Mali: MSF étend son soutien malgré les difficultés d’accès et la baisse des financements.
Dans les régions du Nord (Ansongo, Niafounké) et du Centre (Ténenkou, Niono et Douentza) du Mali, Médecins Sans Frontières (MSF) a renforcé son appui à plusieurs centres de santé communautaire (CSCOM) pour répondre aux besoins croissants en soins de santé maternels, pédiatriques, prise en charge des victimes de violences et références de cas compliqués. Cette extension intervient dans un contexte marqué par le retrait de certains acteurs humanitaires et une baisse significative des financements pour les organisations dépendant des financements institutionnels.
Au Mali, les centres de santé communautaires, notamment appelés CSCOM, sont souvent le premier contact entre la population et le système de santé. Dans des zones rurales, éloignées de centres urbains, ils jouent un rôle essentiel en réduisant les inégalités d’accès aux soins. Toutefois, ces centres sont confrontés à plusieurs défis, notamment des financements insuffisants ou encore un manque de personnel qualifié, de médicaments ou autres matériels nécessaires.
À cela s’ajoutent des défis plus globaux présents dans le pays, notamment la situation d’insécurité affectant le fonctionnement de ces établissements et compliquant ainsi l’accès pour les populations, le personnel médical y compris les humanitaires. Dans certaines régions, comme dans le centre du pays, les populations doivent composer avec des défis sécuritaires. Les violences ont entrainé les déplacements de populations, comme cela a été le cas en début septembre 2025, dans le cercle de Niono, où les habitants de la localité de Farabougou ont fui vers la commune de Dogofry et de Sokolo.
« Dans le nord, à Ansongo, Kidal et Tombouctou, ainsi que dans le centre à Douentza, Ténenkou et Nampala, certaines organisations humanitaires n’ont pas eu d’autres choix que de restreindre leurs soutiens, leurs interventions, à cause de l’insécurité permanente et de récentes réductions budgétaires de l’aide internationale pour les organisations dépendant de financement institutionnel, privant ainsi de milliers de personnes vulnérables d’une aide vitale», explique Désiré Kimanuka, Chef de mission de MSF au Mali.
Baisse des financements humanitaire
En 2025, 6,4 millions de Maliens ont des besoins humanitaires multisectoriels, selon la Coordination des affaires humanitaires (OCHA) du pays¹. Pour y répondre, le gouvernement et la communauté humanitaire sollicitent 771,3 millions de dollars pour assister 4,7 millions de personnes vulnérables. Seulement 13,5% a pu être mobilisé en août 2025 dont 21,7% pour la santé et 9,3% pour la nutrition, un fond très insuffisant pour faire face aux besoins. L’arrêt brusque de l’aide américaine et la suspension des financements des ONGs vient encore aggraver une situation déjà délétère de baisse de financements généralisée.
Médecins Sans Frontières n’est pas directement affectée par la situation, car elle est financée à plus de 90% par des donateurs privés permettant de maintenir son indépendance financière, mais aussi opérationnelle. Cependant, d’autres organisations, qui, elles, dépendaient de ces soutiens institutionnels, ne peuvent dorénavant plus assumer une partie de la prise en charge sanitaire complémentaire au travail de MSF. Ce qui fait augmenter les besoins et accentue les pressions sur les services de santé et les équipes de MSF en termes de demande et de besoins à couvrir.
L’extension des activités de MSF
« Face à la réduction de la réponse humanitaire dans certaines localités, qui crée des vides sanitaires, et suite à nos évaluations des besoins médicaux et humanitaires, nous avons décidé de renforcer notre intervention au sein des structures de santé communautaires, afin de faciliter et garantir la continuité de l’accès aux soins pour les populations », déclare M. Désiré Kimanuka.
Dans les cercles du Nord à Ansongo et Niafounké, dans les CSCOM de Fafa, K2, Soumpi et Saraféré, MSF fournit gratuitement des soins de santé maternelle, des services nutritionnels, des soins de santé mentale, des soins pédiatriques pour les enfants jusqu’à 15 ans, des activités de la promotion de la santé, la prise en charge des victimes de violence ainsi que des références de cas graves vers Gao et Tombouctou.
Dans les cercles du centre à Ténenkou et Niono, dans les centres de santé de Kadial, de Sossobé et de Nampala, MSF assure la fourniture des intrants, le renforcement des capacités des agents du ministère de la Santé, la prise en charge des enfants jusqu’à 5 ans, et 15 ans selon les localités, la promotion de la santé, les soins de santé maternelle ainsi que la référence de cas graves vers les centres de santé de référence.
« L’appui de MSF à notre établissement a contribué à faciliter l’accès aux soins de santé à la communauté, notamment pour les déplacés. Dorénavant, les communautés vivant en périphérie de Ténenkou ont gratuitement accès aux soins. Avant ce partenariat, nous avions entre 200 et 300 consultations par semaine, mais actuellement nous sommes à plus de 1 000 », nous explique Kadia Coulibaly, directrice technique du Cscom central de Ténenkou.
A travers les appuis, en ressources humaines, logistiques et intrants médicaux y compris les activités de sensibilisation communautaires, accordés à ces neufs (09) nouveaux centres de santé communautaires dans le pays (Fafa, Soumpi, Saraferé, K2, Nampala, Ténenkou, Kadial, Sossobé, Douentza) de janvier à juillet 2025, les équipes de MSF en collaboration avec celles du ministère de la santé et des communautés ont réalisé: 18.094 consultations générales, 262 accouchements, traité 14.392 enfants atteints du paludisme et 11.849 autres de la malnutrition et assuré 286 références de malades vers les centres de santé de référence et vers les hôpitaux régionaux.
Ce soutien vital permet de maintenir un accès aux soins dans des zones enclavées et délaissées par d’autres acteurs humanitaires, en pleine crise sécuritaire et financière.
Source: MSF

