Santé: Quand le tabac et l’alcool détruisent la voix

Santé: Quand le tabac et l’alcool détruisent la voix

S’il est connu de tous que le tabac et l’alcool continuent de tuer, peu de gens savent que l’abus de ces excitants entraîne des conséquences socialement plus dévastatrices que la mort elle-même. Notre reporter a rencontré l’une des victimes de ces substances.

 

Le tabac nuit gravement à la santé. Loin d’être une simple mise en garde inscrite sur les paquets de cigarettes, cette alerte constitue une réalité vécue au quotidien par de nombreuses personnes. M. Souleymane Dagnon en est l’illustration parfaite. Ancien fumeur pendant plus de cinquante ans, il se bat aujourd’hui contre un cancer de la gorge, une maladie qui lui a fait perdre l’usage normal de la parole. Pour communiquer, il doit désormais avoir recours à un microphone.

Rencontré à son domicile, il raconte ses épreuves. Se définissant comme un « mutilé de la gorge », il avoue avoir été un grand fumeur : « J’ai fumé pendant 55 ans. À la suite d’un cancer, on a vu que la maladie était logée dans ma gorge. Voilà pourquoi on est intervenu. »

Au-delà des séquelles physiques, une maladie aussi lourde affecte également la vie psychologique et sociale du patient. Les habitudes changent, tout comme les relations avec l’entourage et les proches. Comment cette épreuve a-t-elle transformé le quotidien de M. Dagnon ? « Il arrive que certaines personnes, au lieu de me suivre, suivent la voix . C’est ce qui m’a amené à me battre », explique-t-il.

Comme pour de nombreuses pathologies, la prise en charge du cancer de la gorge s’accompagne de lourdes difficultés. L’accès aux équipements nécessaires au quotidien constitue un véritable défi. Quelles sont les principales difficultés auxquelles M. Dagnon et les autres patients sont confrontés ?

Selon lui, les malades se sont regroupés au sein d’une association de mutilés de la gorge pour interpeller les autorités : « Nous avons voulu approcher le ministère de la Santé pour demander à ce que l’on fasse venir ce matériel pour que les gens puissent en bénéficier. L’appareil que j’ai là, on ne me le donne qu’une fois par an. » Il précise que c’est en France qu’il parvient à obtenir le matériel adapté  (le trou dans la gorge).

Pour mieux comprendre cette maladie, le professeur Keïta, chef du service ORL de l’hôpital Gabriel Touré, explique l’intervention chirurgicale : « On enlève tous les relais d’information de cette maladie qu’on appelle les ganglions. À la fin de l’intervention, l’appareil qui permet de respirer est abouché au cou de la personne. Dès lors, elle ne peut plus parler par la voix naturelle, sauf après une grosse rééducation qui se fait avec des orthophonistes. Actuellement, il y a aussi des petits micros qui peuvent aider ces personnes à être mieux entendues. »

Quelles sont les causes de ce cancer ? Le Pr Keïta cite d’abord « la consommation pendant un certain temps du tabac, ce qu’on appelle une forte imprégnation tabagique. Chez certaines personnes, surtout quand c’est le pharynx, l’alcool peut aussi être en cause. Donc, le tabac et l’alcool. »

Certaines pratiques intimes, notamment les rapports sexuels oraux, peuvent également favoriser la transmission du papillomavirus humain (HPV). Le professeur précise : « C’est un virus qui s’attrape par des modes de vie, donc généralement par les rapports sexuels par la bouche. Cela peut laisser des problèmes et, en particulier, provoquer une infection par le papillomavirus humain qui, en évoluant au bout de 15 à 20 ans, va chez certaines personnes provoquer un cancer. »

Face à ces facteurs de risque, quelles mesures faut-il adopter pour prévenir le cancer de la gorge ? Le Pr Keïta conseille : « Si la voix ne revient pas au bout de trois semaines, il faut vraiment prendre les choses au sérieux et consulter l’ORL le plus proche pour regarder ce qui fait que cette voix est cassée. Il faut faire attention dans les pratiques sexuelles, les pratiques sexuelles orales sont un peu dangereuses, surtout quand on a de multiples partenaires. Il faut aussi demander aux parents de faire vacciner leurs enfants contre le papillomavirus humain avant 10-11 ans, car c’est très important. »

Prévenir plutôt que guérir, tel est le message que lancent, chacun à leur niveau, M. Dagnon et le professeur Keïta. Car derrière chaque cigarette ou chaque verre d’alcool peuvent se cacher des risques, et derrière chaque voix perdue, une histoire.

« La santé a toujours un coût, il faut que les personnes puissent mettre un peu d’argent de côté pour leur santé, de la même manière qu’elles mettent de l’argent de côté pour se nourrir », rappelle le médecin.

Dagnon, quant à lui, lance un appel à l’aide au gouvernement : « Il faut aider les mutilés de la gorge. Toutes les maladies ne sont pas dues à la cigarette, mais il y en a qui subissent cette opération. Partout où je vais, je rassemble les jeunes pour leur parler des inconvénients de la cigarette et leur prodiguer des conseils. « YE KO YE FO KO BAN » » (en bambara : Je suis l’exemple de ce qu’il faut éviter).

Amadou Diarra

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